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Animaux sauvages malades ou blessés : doit-on intervenir?

Marmotte
Credit: iNaturalist / Frederic Desmeules
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  • Renard roux
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Animaux sauvages malades ou blessés : doit-on intervenir?

Intervenir ou ne pas intervenir auprès d’une espèce sauvage en milieu urbain? Ce dilemme éthique oppose deux visions : l’interventionnisme, fondé sur le devoir de réduire la souffrance animale, et la pensée conservationniste, qui prône la non-ingérence dans les dynamiques naturelles.

Si vous posez la question à un biologiste, à un médecin vétérinaire ou à un gestionnaire de la faune, vous serez sans doute accueilli par un silence réfléchi. Vous venez d’ouvrir un débat aussi ancien que complexe.

L’argument interventionniste repose souvent sur le devoir de réduire la souffrance animale, surtout lorsque celle-ci est causée par l’humain. Il faudrait alors intervenir pour « corriger l’erreur ». Mais une vision simpliste de l’intervention peut aussi entraîner des conséquences néfastes et inattendues. Le principe de précaution s’impose, car nombreux sont les exemples où l’humain a tenté d’intervenir pour le mieux... et a empiré la situation.

L’anthropomorphisme : un biais influent

En milieu urbain, le phénomène d’anthropomorphisme prend de l’ampleur. Nous attribuons aux animaux des émotions et des comportements humains, influencés par notre proximité avec les animaux domestiques, notre niveau d’éducation et notre éloignement de la faune sauvage. Cette perception amplifie la tentation d’intervenir.

Notre relation à la faune dépend de notre proximité avec elle. Les personnes qui côtoient au quotidien les animaux sauvages, comme les agriculteurs et les agricultrices, développent avec eux une relation fonctionnelle et écologique. Cet état d’esprit est différent de l’affection qu’on leur accorde parfois dans les milieux urbains.

Maladie et souffrance animale : des réalités naturelles

L’humain tend à idéaliser la nature, oubliant que la compétition, la maladie et la prédation y sont omniprésentes. Prenons l’exemple du gnou (mammifère africain) : si la majorité migre, se nourrit et se reproduit, d’autres, plus faibles, sont affamés, malades ou victimes de prédation. Ces réalités, bien que difficiles à observer, font partie intégrante des mécanismes écologiques.

La maladie agit comme un régulateur des populations animales. Et même au sein d’une population en santé, chaque individu vit une réalité bien différente en matière de bien-être.

Le cas du renard roux et de la gale

Des textes historiques rapportent la maladie de la gale chez le renard depuis le 18e siècle. Cette maladie est reconnue comme endémique chez l’espèce. Visible ou non, un pourcentage marginal de la population nord-américaine est atteint.

Il faut donc s’interroger sur l’éthique du traitement de cette maladie, car celle-ci pourrait faire partie de la régulation des cycles de populations de renards roux. Notre coexistence avec la faune urbaine génère une multitude de questions auxquelles nous n’avons pas encore toutes les réponses, avec la question ultime, faut-il les traiter ou non?

À titre d’exemple, prenons un objectif fictif, soit celui d’éradiquer la gale de la population de renards roux sur l’île de Montréal. Voici des facteurs qui devront être pris en considération :

  • Le réalisme de cet objectif dans le temps : la dispersion des renards rend probable une recontamination. Si oui, dans quel délai?
  • L’efficacité de nos efforts de traitement pour atteindre l'ensemble de la population cible des renards, car une recontamination pourrait annuler nos progrès.
  • La proportion de renards avec la gale qui est visible de l’humain ; il y a des chances que cette population soit davantage visible à cause du nourrissage humain.
  • Les facteurs humains aggravants : l’augmentation de la transmission de la maladie à cause de facteurs humains comme le nourrissage, voire une augmentation de la densité des renards due à une augmentation des ressources alimentaires.
  • Les conséquences écologiques du traitement de cette maladie chez les renards : en favorisant les renards malades, quels changements apportons-nous au sein de l’écosystème?
  • Le risque pour la santé humaine dans ce contexte (très faible, mais existants).
  • Les ressources nécessaires pour atteindre cet objectif, en temps, en argent et en infrastructures.
  • La priorité de cette démarche par rapport à d’autres enjeux.
  • Les effets indésirables du traitement sur le renard (surdose, garde en captivité, stress, etc.).

Dans un équilibre fragile, il nous faut agir avec précaution tout en remettant en question le rôle, réel ou autoproclamé, de l’humain sur les populations animales sauvages.

Le meilleur exemple de la défaillance de notre rôle lors des interventions est le nourrissage de la faune. En nourrissant les animaux sauvages, nous augmentons le risque de maladies et créons une dépendance à l’humain qui réduit leurs chances de survie. Nous favorisons aussi les conflits et nous pouvons provoquer de la malnutrition. Enfin, il peut y avoir des risques pour les humains qui nourrissent ces animaux, tels que blessures et transmission de maladies.

Le rapport entre l’humain et l’animal a toujours existé et existera probablement toujours. L’intention de soigner l’animal avec compassion naît de la plus belle part de nous : celle qui est empathique, bienveillante et généreuse. Mais avant d’agir, une analyse réfléchie et rigoureuse s’impose, en concertation avec les instances expertes, pour évaluer toutes les conséquences possibles.

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