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Rapprocher les jeunes des centres jeunesse de la nature à travers l’agriculture urbaine

Initier les jeunes au jardinage : une mission éducative du Jardin botanique dans les centres jeunesse de Montréal.
Credit: Espace pour la vie / Edith Mariez
Initier les jeunes au jardinage : une mission éducative du Jardin botanique dans les centres jeunesse de Montréal.
  • Initier les jeunes au jardinage : une mission éducative du Jardin botanique dans les centres jeunesse de Montréal.
  • Initier les jeunes au jardinage : une mission éducative du Jardin botanique dans les centres jeunesse de Montréal.
  • Initier les jeunes au jardinage : une mission éducative du Jardin botanique dans les centres jeunesse de Montréal.
  • Espace dédié au jardinage au centre jeunesse Cité-des-Prairies.
  • Edith Mariez (à gauche) et Elise Guerrero (à droite), éducatrices du programme Jardins-jeunes qui initient aussi des jeunes de centres jeunesses au jardinage.
Rapprocher les jeunes des centres jeunesse de la nature à travers l’agriculture urbaine

Imaginez des jeunes qui s’activent avec passion pour faire pousser des fruits et légumes. C’est la magie qui s’opère chaque été dans des centres jeunesse de Montréal grâce à un projet du Jardin botanique.

Depuis 2020, une équipe du Jardin botanique se déplace dans ces centres pour initier enfants, adolescents et adolescentes au plaisir du jardinage. Ils participent à une variété d’activités : désherbage, taille des plantes, arrosage, semis et, bien sûr, récolte!

Cet été, de fin juin à la mi-août, les éducatrices scientifiques Élise Guerrero et Edith Mariez ont guidé des jeunes de 7 à 17 ans dans les centres jeunesse Cité-des-Prairies et Dominique-Savio. Les ateliers se sont déroulés toutes les deux semaines à Cité-des-Prairies et occasionnellement à Dominique-Savio. « On ne leur apprend pas seulement à faire pousser des tomates, mais on leur apprend à entrer en relation avec la nature de manière saine et amusante », indique Élise Guerrero.

Qui sont les jeunes en centre jeunesse?

Il s’agit de mineurs pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse. Ils vivent en centre jeunesse en raison de réalités variées : abandon, négligence, difficultés familiales ou délits. Ces parcours très différents se côtoient sous un même toit. Dans ce contexte, l’expérience du jardinage prend tout son sens : elle propose une activité apaisante et valorisante.

Découvrir, cultiver et partager

Les ateliers sont adaptés selon l’âge et les besoins de chaque groupe. À Dominique-Savio, les plus jeunes (7 à 12 ans) ont bénéficié d’une approche axée sur les expériences sensorielles : manipuler la terre, arroser les plantes, sentir les fleurs ou récolter des fruits et légumes. Haricots violets, mesclun, cerises de terre et tomates cerises suscitaient leur enthousiasme. « Les enfants étaient très heureux de venir jardiner et étaient surexcités lorsqu’on allait récolter des tomates cerises », se souvient Edith Mariez. Un autre jeune, quant à lui, avait une drôle de relation amour-haine avec l’odeur du lys, ressortant souvent le nez couvert de pollen orange. « Il disait adorer l’odeur, puis qu’elle lui donnait mal au cœur », racontait une intervenante du centre.

À Cité-des-Prairies, les adolescents et adolescentes de 15 à 17 ans découvraient les aspects plus techniques du jardinage. Ils ont appris la bonne manière de récolter les oignons, observé le rôle des perce-oreilles comme décomposeurs ou celui des araignées contre les pucerons. La récolte d’oignons, tomates, aubergines, piments, basilic, fraises, concombres et bien d’autres encore remplissait des paniers de fierté. Un jeune attendait avec impatience de cueillir des oignons pour son brunch du dimanche. « On va pouvoir manger le produit de notre travail », disait-il. Un autre confiait : « J’ai aimé récolter, surtout les légumes que l’on sort de la terre. »

Des récoltes au-delà des légumes

Au-delà de la récolte, le projet nourrit aussi la confiance en soi et le lien avec la nature. Un adolescent de Cité-des-Prairies, d’abord effrayé par les araignées, a appris à s’en éloigner plutôt que de les éliminer. Avec le temps, il a compris leur rôle essentiel et n’a plus voulu s’en débarrasser. D’autres jeunes ont surpris les éducatrices par leur autonomie : l’un d’eux, qui devait être guidé au début pour désherber, a fini par nettoyer de lui-même la serre hydroponique et récolter les fleurs pour le séchage. « J’étais impressionnée par l’autonomie qu’il a acquise pendant la saison! », s’exclame Élise Guerrero.

Les jeunes ont aussi goûté à des légumes moins connus comme le concombre des Antilles et ils n’ont pas hésité à désherber une clôture envahie d’orties et de vignes. Pour certains, l’expérience a même semé une vocation : un participant a choisi de s’inscrire à un cours d’horticulture après le programme. « Je pense que ça leur permet d’être familiers avec le jardinage et de se dire : moi aussi, je peux jardiner et avoir des plantes chez moi. Puisqu’ils ont participé à cette activité, cela devient quelque chose qui peut être intégré dans leur vie », indique Edith Mariez.

« Pour Espace pour la vie et le Jardin botanique, ce projet répond à une volonté d'être à l'écoute des besoins de la communauté. Il vise aussi à rendre le plaisir du jardinage accessible aux jeunes qui ne peuvent aller directement au Jardin botanique », souligne Olivier Grant, chef de section Animation et mouvement citoyen.

Un enrichissement mutuel

Cette expérience a aussi transformé les éducatrices. Les jeunes, qu’elles trouvaient « vraiment attachants », les ont poussées à approfondir leurs connaissances sur les perce-oreilles ou l’aquaponie. Elles ont aussi appris à laisser aller l’évolution des groupes, sachant que la participation était volontaire, que les jeunes n’étaient pas toujours présents du début à la fin du projet. Mais que chacun et chacune emportait malgré tout quelque chose de cette expérience.

Olivier Grant insiste sur la richesse humaine du projet : « Le fait que les animatrices aillent en centre jeunesse, qu'elles s'intéressent aux jeunes, qu’elles développent une complicité… ça joue sur leur estime d’eux-mêmes et ça leur fait découvrir d’autres mondes que celui de leurs intervenants. » La visite finale au Jardin botanique suscite souvent un émerveillement : les jeunes avaient alors des étoiles dans les yeux. Au-delà des récoltes, ce sont des liens, des compétences et des rêves qui prennent racine.

Témoignage

Pour notre unité accueillant des enfants ayant un trouble du spectre de l'autisme avec des profils de santé mentale complexes, ce fut une occasion en or de répondre à leurs besoins sensoriels : jouer dans la terre, être dehors, sentir le vent sur leur peau, humer l’odeur de différentes fleurs, toucher divers types de feuillages, observer des plantes pousser rapidement ou voir des fruits apparaître et changer de couleur.

Le balcon-jardin a même été utilisé pour apaiser lors de crises, pour se reconnecter à ses sens — par exemple en sentant la citronnelle ou en goûtant la stévia. Le jardinage a nourri leur curiosité sensorielle tout en leur permettant d’apprendre plein de choses sur la nature.

Ces enfants sont souvent très institutionnalisés. Le fait que les animateurs des Jardins-jeunes viennent à leur rencontre, non pas en tant que spécialistes, médecins ou éducateurs, mais comme membres de la communauté, les aide à s’ancrer dans celle-ci et à normaliser leur expérience. Ce sont avant tout des enfants, peu importe leurs défis et leurs besoins, et ce lien avec l’équipe du Jardin botanique leur fait beaucoup de bien.

Valérie Desnoyers,
spécialiste en activités cliniques au sein d’un centre jeunesse

Le projet en centre jeunesse s’inspire des Jardins-jeunes, qui se tiennent chaque été au Jardin botanique et qui accueillent des participants et participantes de 8 à 16 ans.

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