Blogue

La migration des monarques, un phénomène en voie de disparition?

Papillon Monarque (Danaus plexippus) © André Sarrasin
  • Papillon Monarque (Danaus plexippus) © André Sarrasin
  • Les données pour 1994-2003 ont été compilées par Monarch Butterfly Biosphere Reserve (MBBR) of the National Commission of Protected Natural Areas (CONANP) in Mexico. Les données pour 2004-2012 ont été compilées par WWF-Telcel Alliance.
La migration des monarques, un phénomène en voie de disparition?

Le monarque (Danaus plexippus) est l’espèce de papillon la plus reconnue à travers le monde. Sa migration annuelle est unique : à la fin de l’été, les individus partent du Canada et du nord-est des États-Unis vers des sites d’hivernages dans les hautes montagnes du Mexique.

Un phénomène migratoire menacé de disparaître

Quelles sont les raisons de cette tendance qui a été observée? On souligne le déclin et la perte d’habitat naturel, l’éradication de l’asclépiade par les pesticides dans les zones agricoles industrielles, mais également les changements climatiques sur l’ensemble de la route migratoire et principalement des sites d’hivernage au Mexique. Tout dernièrement, les changements climatiques, en particulier les extrêmes climatiques, tels que les sécheresses, les précipitations records et les gels au sol tardifs ce printemps ont eux des impacts dramatiques autant sur les monarques que sur les asclépiades.

Où sont passés les monarques?

Les premiers papillons monarques qui arrivent au Québec, sont généralement observés vers la mi-juin. Or, en date du 10 juillet, seulement 3 observations de monarques avaient été rapportées dans la province du Québec et moins de 50 pour l’est du Canada. Très peu de gens ont eu la chance d’en observer un jusqu’à présent cette année. Au moment d’écrire ce billet de blogue, le nombre d’observations de monarques est en baisse de 90 % environ par rapport à l’an dernier sur le site de science participative citoyenne iPapillon. Quatre-vingt-dix pour cent! Les scientifiques et les amateurs de papillons de tout le continent s’inquiètent. La population des monarques de l’est de l’Amérique du Nord est menacée de disparition.

2013, la pire année jamais enregistrée pour la population de monarques

Bien que l’été 2012 fut une saison exceptionnellement abondante en papillons, monarques inclus, l’année 2013 est jusqu’à présent la pire année jamais enregistrée pour la population de monarques de l’est du continent. Afin de bien comprendre cette soudaine absence de monarques au Québec et dans le reste de l’est du Canda, il est important d’adopter une perspective continentale et de faire un retour sur les événements climatiques de la dernière année.

Des conditions climatiques extrêmes

Tout d’abord, lors de l’été 2012, les États-Unis ont connu une période de sécheresse record en superficie et en intensité, ce qui a eu pour conséquence de donner des asclépiades et des fleurs d’autres plantes de piètre qualité. Or ces plantes fournissent aux monarques le nectar si important pour faire le plein d’énergie lors leur migration. L’impact négatif fut énorme sur le succès reproducteur des monarques. Les conséquences de cette sécheresse se sont aussi fait sentir durant l’automne lorsque les monarques migrateurs ont traversé cette zone dépourvue de l’abondance habituelle de fleurs. Or le nectar de ces plantes leur permet aussi d’accumuler les réserves d’énergie en prévision de leur période d’hivernage au Mexique. Comme si cela n’était pas suffisant, le printemps 2013 fut marqué par des températures froides et de nombreuses précipitations. La reproduction des monarques qui reprenaient le chemin du nord en a été grandement diminuée. Sur le site américain Journey North, les milliers d’observateurs en attente de leur premier monarque de la saison ont noté très peu d’individus et à des dates beaucoup plus tardives.

La taille de la population de monarques en baisse de 59 %

Durant l’hiver, les chercheurs profitent de la concentration de toute la population migratrice de l’est de l’Amérique du Nord au Mexique pour en évaluer la taille. Or l’hiver dernier, les experts ont constaté que la population n’occupait que 1.19 ha. Une baisse de 59 % par rapport à l’année antérieure et de plus de 500 % par rapport à la moyenne des 20 dernières années (6.7 ha de forêt). Du jamais vu.

L’adaptation des monarques face aux changements climatiques

De nombreux facteurs peuvent expliquer la baisse des populations de monarques. Mais les phénomènes extrêmes associés aux changements climatiques sont de plus en plus évidents et les espèces doivent s’adapter à un rythme effréné. Ces changements sont-ils trop rapides pour que les monarques puissent y faire face? Connaîtrons-nous des étés sans ce magnifique papillon qui nous éblouit par sa migration hors du commun? La situation du monarque est-elle une sonnette d’alarme qui nous avertit sur ce que d’autres animaux ou plantes pourraient vivre? N’attendons pas que l’avenir nous le confirme et que nos enfants ne puissent plus apprécier ce phénomène unique dans quelques années.

Que puis-je faire pour donner un coup de pouce aux papillons?

Créez une oasis attirante pour ces merveilleux migrateurs en cultivant de l'asclépiade et des plantes nectarifères. Votre jardin deviendra un endroit pour observer à loisir ces flamboyants lépidoptères. Vous contribuerez du même coup à protéger un phénomène de migration unique au monde, qui connaît malheureusement un déclin.

Ouvrez l’œil!

Vous avez observé un monarque, ou alors un autre papillon? Rapportez votre observation sur le site ipapillon.ca et aidez les scientifiques à suivre la progression des populations de papillons du Québec et d’ailleurs. Toutes les observations sont importantes. Mais gardez l’œil ouvert pour les monarques : les données d’observation recueillies guideront les experts dans leurs actions pour la sauvegarde du roi des lépidoptères!

Cet article a été écrit en collaboration avec Sonya Charest, coordonnatrice d’activités de loisirs scientifiques et responsable du programme Monarque sans frontière à l’Insectarium de Montréal.

Partager cette page

Inscrivez-vous aux communications Espace pour la vie pour recevoir notre infolettre mensuelle, de l'information pertinente sur les évènements de nos cinq musées, ainsi que des conseils provenant directement de nos experts.
Abonnez-vous à l'infolettre Espace pour la vie

Suivez-nous !

Abonnez-vous pour recevoir par courriel :