- 22 Avril 2026 - Jardin botanique : Coups de cœur, Coulisses du Jardin, Expérience
À l’est de Montréal, une transformation discrète mais prometteuse est en marche. Depuis 2016, une équipe du Jardin botanique et de l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) redonne vie à des terrains dégradés et pollués pour en faire un espace vert résilient : La Forêt de demain.
Tout a commencé, lorsque le Service du développement économique de Ville de Montréal a confié à I’IRBV la mission de tester une approche écologique de décontamination de sols industriels dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.
Au lieu d’excaver et de remplacer les sols selon la méthode conventionnelle, l’équipe de recherche a misé sur la phytoremédiation : l’utilisation de plantes capables d’absorber, de stabiliser ou de dégrader des contaminants présents dans le sol.
Des sols réhabilités grâce à la plantation d’arbres
Sur quatre hectares de friches industrielles, des végétaux pionniers — principalement des saules et des peupliers — ont été utilisés pour faire la phytogestion des sites, qui implique la culture des plantes mais aussi la récolte régulière de leurs parties aériennes (branches et feuilles).
Malgré des conditions difficiles (sols compactés, fortement minéralisés et contaminés), des résultats fort encourageants ont pu être obtenus. Il a ainsi été démontré que la moitié des points d’échantillonnage suivis dans le cadre de ce travail montraient une diminution significative de la contamination. Les terrains pouvant dès lors être considérés comme étant en voie de réhabilitation.
Un nouveau refuge pour la faune et les végétaux
Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Au fil des ans, les sites sont devenus des refuges inattendus pour la biodiversité. Les plantes phytoremédiatrices ont attiré les insectes, les oiseaux et les petits mammifères.
Et la vie est aussi revenue dans le sol, plus riche en matière organique et plus propice pour le développement des communautés microbiennes. Le paysage s’est métamorphosé, les écrans de verdure masquant les infrastructures des raffineries au plus grand plaisir des résidents et résidentes du quartier.
D’autres sites profiteront du projet de phytoremédiation
Fort de ces succès, le projet est entré dans une nouvelle phase ambitieuse. L’objectif ? Pérenniser deux des sites réhabilités et leur donner une vocation durable, éducative et scientifique.
Pourquoi le nom La Forêt de demain? Parce que les changements climatiques forceront nos villes à se réinventer. D’ici 2050, le climat de Montréal pourrait ressembler à celui de Washington aujourd’hui. Plusieurs espèces d’arbres actuellement présentes dans le sud du Québec risquent d’éprouver des difficultés à s’adapter.
La Forêt de demain propose donc une réponse concrète : tester, dès maintenant, des essences d’arbres typiques des forêts feuillues du centre des États-Unis, mieux adaptées à ces conditions futures.
Un arboretum laboratoire au cœur de l’Est de Montréal
Chênes, caryers, noyers, tulipiers, copalmes ou sassafras, près d’une trentaine d’espèces différentes pour un total d’environ 200 arbres seront ainsi introduits sur les sites. Dans l’Est de Montréal, ils profiteront de la protection des saules et peupliers, déjà en place, le tout simulant une espèce de succession naturelle accélérée. À terme, le site deviendra une sorte d’arboretum laboratoire, où l’on observera la croissance, la résistance et l’adaptation de ces essences au contexte montréalais.
L’originalité du projet ouvre également la voie à l’implication d’autres scientifiques d’Espace pour la vie, notamment des entomologistes de l’Insectarium ou des vétérinaires du Biodôme. Il sera en effet intéressant de caractériser les pollinisateurs ou les petits mammifères qui pourraient être attirés par ce nouvel espace.
Au-delà de la recherche, La Forêt de demain se veut un lieu ouvert et rassembleur. Un îlot de fraîcheur dans un secteur très minéralisé. Un espace d’apprentissage pour les citoyens et citoyennes, les groupes communautaires, les écoles et les élèves. Un laboratoire à ciel ouvert pour les scientifiques de l’IRBV et d’Espace pour la vie, mais aussi d’un lieu de sensibilisation aux enjeux environnementaux et à la résilience face aux changements climatiques.
Soutenue par les élus de l’arrondissement et ancrée dans la communauté, La Forêt de demain incarne une vision inspirante : celle d’une ville qui transforme ses cicatrices industrielles en paysages porteurs d’espoir pour l’ensemble de l’écosystème urbain.
Lire aussi:













